DTx (thérapies numériques) : définition, réglementation en France et usages
DTx, thérapie numérique, dispositif médical numérique : derrière ces termes, une même exigence de preuve. Définition, différence avec une application de santé, remboursement en France et en Allemagne.
L'essentiel à savoir
- Un DTx est un logiciel de santé qui délivre une intervention thérapeutique dont l'effet sur la santé est démontré[1].
- Contrairement à une application de bien-être, c'est un dispositif médical, avec un marquage CE en Europe.
- En France, la prise en charge anticipée PECAN permet un remboursement de 12 mois, non renouvelable, pour les dispositifs médicaux numériques présumés innovants[2].
- En Allemagne, 56 applications prescriptibles étaient référencées mi-2024[3].
- La réalité virtuelle fait partie des formes possibles d'un DTx[4], mais toutes les solutions de réalité virtuelle en santé ne sont pas des DTx.
Qu'est-ce qu'un DTx ?
Un logiciel qui soigne. Le sigle DTx, pour digital therapeutics, désigne un logiciel de santé conçu pour traiter ou soulager une maladie, un trouble ou une affection, en délivrant une intervention dont l'impact positif sur la santé est démontré. C'est la définition de la Digital Therapeutics Alliance, l'organisation professionnelle du secteur[1].
En français, vous croiserez plusieurs équivalents : thérapie numérique, thérapie digitale, ou, dans le vocabulaire réglementaire, dispositif médical numérique à visée thérapeutique[5]. Le mot change, l'exigence reste la même : le logiciel ne se contente pas d'informer ou de suivre, il traite.
La définition n'est pourtant pas encore stabilisée. Selon une analyse publiée dans npj Digital Medicine, l'usage des DTx reste ambigu en pratique, faute de consensus international sur leur définition, mais aussi en raison de cadres réglementaires encore hétérogènes d'un pays à l'autre[6].
Leur forme varie elle aussi. Un DTx peut prendre la forme d'une application mobile, d'un logiciel web, d'un programme de réalité virtuelle ou d'un jeu vidéo, et s'utiliser seul ou en complément d'un traitement classique[4].
Quelle différence entre un DTx et une application de santé ?
C'est la confusion la plus fréquente. Toutes les applications liées à la santé ne sont pas des thérapies numériques : le DTx n'est qu'un sous-ensemble des technologies de santé numérique, défini par sa finalité thérapeutique et par ses preuves[1].
| Type | Finalité | Preuves exigées | Statut | Prise en charge en France |
|---|---|---|---|---|
| Application de bien-être | Méditation, sommeil, activité physique | Aucune | Produit de consommation | Aucune |
| Outil d'observance ou de suivi | Rappels, carnet de suivi | Variables | Selon l'usage revendiqué | Rarement |
| Télésurveillance médicale | Suivre un patient à distance | Bénéfice clinique ou organisationnel | Dispositif médical numérique | Liste des activités de télésurveillance (LATM) |
| DTx | Traiter une maladie ou un trouble | Études cliniques | Dispositif médical numérique à visée thérapeutique | LPPR ou prise en charge anticipée PECAN |
Face à un outil que l'on vous présente comme thérapeutique, un critère suffit souvent à trancher : le logiciel revendique-t-il de soigner, et a-t-il prouvé qu'il le fait ? Si la réponse est non, ce n'est pas un DTx.
Dans quels domaines les DTx sont-ils utilisés ?
Les thérapies numériques visent surtout des situations où le traitement passe par des exercices, des habitudes ou un apprentissage répété.
Santé mentale, addictions et maladies chroniques
La santé mentale est un terrain naturel. La HAS cite d'ailleurs les applications de thérapie cognitivo-comportementale comme exemple de dispositif médical numérique à visée thérapeutique[5]. Les troubles anxieux et dépressifs, les addictions et l'insomnie se prêtent bien à des programmes structurés, que le patient suit entre deux consultations.
Les maladies chroniques suivent la même logique. Diabète, douleur chronique ou rééducation reposent en grande partie sur des comportements à installer dans la durée. Le logiciel guide, mesure, ajuste. Les usages de la réalité virtuelle médicale en douleur, en phobies et en rééducation montrent cette même logique d'entraînement guidé.
La réalité virtuelle parmi les thérapies numériques
La réalité virtuelle fait partie des formes que peut prendre un DTx, au même titre que les applications mobiles ou les jeux vidéo[4]. Une distinction compte toutefois pour votre pratique.
Un DTx délivre lui-même l'intervention et doit prouver son effet en tant que dispositif médical. D'autres solutions de réalité virtuelle fonctionnent autrement : ce sont des outils au service du praticien, qui conduit la séance et ajuste l'exposition. C2Care relève de cette seconde approche. Le praticien y choisit des environnements immersifs, réalistes et contrôlés et les pilote en temps réel, pour conserver la maîtrise du déroulement. Les thérapies par exposition en réalité virtuelle laissent ainsi le professionnel piloter chaque étape de la séance.
Quel cadre réglementaire pour les DTx en France ?
En France, le terme DTx n'a pas de statut juridique propre. On parle de dispositif médical numérique (DMN) à visée thérapeutique, avec deux voies de remboursement que vous rencontrerez dans les fiches des produits.
La voie classique : l'inscription à la LPPR
Un DMN thérapeutique marqué CE peut être évalué par la commission spécialisée de la HAS, la CNEDiMTS, en vue de son inscription sur la liste des produits et prestations remboursables (LPPR). En septembre 2025, la HAS a précisé ses principes d'évaluation[5]. Elle y insiste sur la qualité des études en cours et sur le bénéfice clinique. Elle note aussi que l'impact sur l'organisation des soins, souvent revendiqué par les fabricants, reste peu documenté.
La prise en charge anticipée PECAN
La seconde voie est dérogatoire. Créée par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2022 et précisée par un décret du 31 mars 2023, la prise en charge anticipée numérique (PECAN) permet un remboursement pendant 12 mois, non renouvelable[2]. Elle s'adresse aux DMN présumés innovants, que ce soit par leur bénéfice clinique ou par le progrès qu'ils apportent à l'organisation des soins. Le dispositif doit être marqué CE et conforme aux référentiels d'interopérabilité et de sécurité de l'Agence du numérique en santé. Le fabricant d'un DMN thérapeutique doit ensuite déposer un dossier de prise en charge classique dans les 6 mois[2].
| Critère | PECAN | LPPR |
|---|---|---|
| Nature | Prise en charge dérogatoire et transitoire | Prise en charge de droit commun |
| Durée | 12 mois, non renouvelable | Durée de l'inscription |
| Données exigées | Présomption d'innovation sur les premières données | Évaluation complète par la CNEDiMTS |
| Conditions communes | Marquage CE, conformité aux exigences de l'ANS | Marquage CE |
Bon à savoir : PECAN n'est pas un label d'efficacité. La HAS la décrit comme un pari sur une technologie, dans l'attente de données complémentaires[5]. C'est une prise en charge temporaire qui donne au fabricant le temps d'apporter les preuves.
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Comment l'Allemagne rembourse-t-elle les DTx ?
L'Allemagne a pris de l'avance, et son expérience vous donne une idée de ce qui attend la France. Sa loi sur la santé numérique de 2019 a créé les DiGA, des applications de santé que les médecins peuvent prescrire et que l'assurance maladie rembourse. Une analyse publiée dans le Journal of Medical Internet Research en donne un bilan chiffré : au 1er juillet 2024, 56 applications référencées, dont 35 de façon définitive et 21 de façon provisoire[3].
Le référencement provisoire prévoit un an pour prouver l'effet de l'application. Dans les faits, la majorité des DiGA dépassent ce délai avant un référencement définitif, signe de l'effort nécessaire pour démontrer une efficacité clinique[3]. Les prix, eux, baissent nettement après négociation.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Personnes ayant accès aux DiGA | Plus de 73 millions |
| Applications référencées au 1er juillet 2024 | 56, dont 35 définitives et 21 provisoires |
| Prix médian au lancement, pour 3 mois | 514 € |
| Prix médian après négociation | 221 € |
| Prescriptions par période | D'environ 41 000 à 209 000 |
La France et l'Allemagne ont par ailleurs signé un accord sur les dispositifs médicaux numériques en juin 2025, selon la HAS[5].
Les DTx sont-ils efficaces ?
Il n'existe pas de réponse globale. L'efficacité se prouve produit par produit, et c'est même la condition du statut de DTx.
La recherche est active : plus de 300 essais cliniques sont en cours dans le monde[4]. Mais l'expérience allemande montre que réunir ces preuves prend du temps, puisque la plupart des applications dépassent l'année prévue[3]. Les auteurs de npj Digital Medicine appellent à renforcer la validation par des données de vie réelle, au-delà des seuls essais[6].
Avant de recommander un DTx à un patient, quatre questions vous aident à juger :
- Étude : existe-t-il un essai contrôlé publié, et sur quels patients ?
- Comparateur : le logiciel a-t-il été comparé à un traitement de référence ou seulement à l'absence de traitement ?
- Statut : le logiciel est-il marqué CE comme dispositif médical, et pour quelle indication ?
- Prise en charge : est-il inscrit à la LPPR ou en prise en charge anticipée ?
Quels freins à l'adoption des DTx ?
Le premier frein est conceptuel. Tant que la définition varie selon les pays et les acteurs, professionnels et patients peinent à distinguer un DTx d'une simple application[6]. Vient ensuite l'engagement des patients : un logiciel n'agit que s'il est utilisé dans la durée, et les auteurs de npj Digital Medicine en font un enjeu technologique et réglementaire à part entière[6].
La preuve elle-même freine la diffusion. Elle est longue à réunir, comme le montre le cas allemand[3], et l'impact sur l'organisation des soins reste peu documenté selon la HAS[5]. Reste l'intégration dans votre parcours de soins : qui prescrit, qui accompagne le patient, comment le logiciel s'articule avec le suivi existant. Ces questions se posent aussi pour les outils d'intelligence artificielle en santé mentale, qui soulèvent les mêmes enjeux de preuve et d'intégration au soin.
Ce qu'il faut retenir sur les DTx
Un DTx se définit par la preuve et par le statut, pas par la technologie. En France, PECAN ouvre la porte du remboursement, à condition de prouver dans un délai court. Pour vous, praticien, la question utile reste la même devant chaque outil numérique : quelle preuve, pour quel patient, et avec quel accompagnement ?
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FAQ sur les DTx
C'est quoi un DTx ?
Un DTx, ou thérapie numérique, est un logiciel de santé qui délivre une intervention thérapeutique dont l'effet sur la santé est démontré[1]. C'est un dispositif médical, marqué CE en Europe, ce qui le distingue d'une application de bien-être sans exigence de preuve.
Qu'est-ce que la thérapie numérique ?
La thérapie numérique est l'équivalent français de DTx, aussi appelée thérapie digitale. En droit français, on parle de dispositif médical numérique à visée thérapeutique[5] : un logiciel qui traite une affection, par exemple un programme de thérapie cognitivo-comportementale.
Quelle est la différence entre un DTx et une application de santé ?
Un DTx revendique de traiter une maladie et doit le prouver par des études cliniques. Il a le statut de dispositif médical, avec un marquage CE. Une application de bien-être ou de suivi n'a aucune de ces exigences, même si elle concerne la santé.
Les DTx sont-ils remboursés en France ?
Pas automatiquement. La voie classique est l'inscription à la LPPR après avis de la HAS. Une voie anticipée, PECAN, permet un remboursement pendant 12 mois, non renouvelable, pour les dispositifs médicaux numériques présumés innovants et marqués CE[2].
La réalité virtuelle est-elle une thérapie numérique ?
Elle peut l'être lorsque le logiciel délivre lui-même une intervention validée comme dispositif médical[4]. Mais la réalité virtuelle peut aussi être un outil au service du praticien, qui choisit les environnements et conduit la séance. Les deux approches ne relèvent pas du même cadre.
Références
- site
What is a DTx?
Digital Therapeutics Alliance
2026Consulter - rapport
Dispositifs médicaux numériques : bien préparer son dossier en vue de l'évaluation HAS
Haute Autorité de santé, webinaire
2023Consulter - etude-scientifique
Digital Health Applications (DiGAs) on a Fast Track: Insights From a Data-Driven Analysis of Prescribable Digital Therapeutics in Germany From 2020 to Mid-2024
Journal of Medical Internet Research
2024Consulter - etude-scientifique
Digital therapeutics in the clinic
Bioengineering & Translational Medicine
2023Consulter - rapport
Dispositifs médicaux numériques : la HAS explicite ses principes d'évaluation
Haute Autorité de santé
2025Consulter - etude-scientifique
Digital therapeutics from bench to bedside
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2023Consulter
Auteur
C2Care